Ce que ton avocat te demandera au 1er rendez vous
Prendre rendez vous avec un avocat, ce n’est jamais anodin. On arrive souvent avec le ventre noué, un dossier dans le sac et plein de questions en tête : « Est ce que mon affaire tient la route ? », « Est ce que j’ai assez de preuves ? », « Combien ça va me coûter ? ».
La bonne nouvelle, c’est que le premier rendez vous n’est pas un examen où tu serais jugé, mais un moment de mise à plat. L’avocat a besoin de comprendre, vite et bien, ce que tu vis, où tu en es et ce qu’il peut faire (ou ne pas faire) pour toi.
Dans cet article, on va voir très concrètement :
- ce que ton avocat va chercher à comprendre pendant ce premier rendez vous ;
- les informations qu’il va te demander sur ta situation ;
- les documents et preuves qu’il voudra voir ;
- les questions qu’il risque de te poser sur tes attentes et ton budget ;
- comment te préparer pour ne pas ressortir en te disant « j’ai oublié la moitié ».
Mini-Sommaire
- Le premier rendez vous, un vrai temps de travail
- Les faits et la chronologie
- Les informations administratives
- Documents et preuves
- Tes attentes et ce que l’avocat va te demander clairement
- Argent, assurance, aide juridictionnelle
- Comment te préparer pour que ce rendez vous soit utile
- Ce qu’il faut retenir
1. Le premier rendez vous, ce n’est pas « juste pour voir »
Beaucoup de personnes arrivent au premier rendez vous avec l’idée que ce sera un simple contact, presque informel. En réalité, cette première consultation est un moment clé : l’avocat doit se faire une idée rapide de ta situation juridique, des options possibles et des chances de succès d’une éventuelle action.
Concrètement, ton avocat va chercher à faire trois choses :
- Comprendre les faits
Qui, quoi, où, quand, comment. Il a besoin d’un récit factuel, pas uniquement de ton ressenti. - Situer ton affaire dans le droit
Est ce qu’il s’agit d’un litige familial, d’un problème de travail, d’un conflit de voisinage, d’un abus de faiblesse, d’un harcèlement, d’un accident, d’un problème de succession, etc. Selon la matière, les règles et les réflexes ne sont pas les mêmes. - Mesurer le point de départ
Est ce qu’il y a déjà eu des démarches, des courriers, une plainte, une convocation, un jugement, des délais qui courent.
Tu n’as pas besoin d’arriver parfaitement au clair. Mais plus tu l’aides à voir vite le tableau d’ensemble, plus il pourra te répondre de façon utile dès ce premier rendez vous.
2. Ce qu’il va d’abord te demander : les faits, pas l’histoire « officielle »
La première chose que ton avocat va te demander, c’est de lui raconter ce qui se passe. Pas la version que tu as donnée à ta famille ou sur les réseaux, mais les faits bruts.
2.1 La chronologie des événements
Ton avocat va te poser des questions très simples :
- Quand est ce que les problèmes ont vraiment commencé ?
- Quels ont été les moments charnières (dispute, rupture, licenciement, décision médicale, signature d’un document, intervention d’un service social, etc.) ?
- Quelles dates sont sûres (courrier recommandé, mail, convocation, jugement), et lesquelles sont approximatives ?
Plus la chronologie est claire, plus il peut repérer :
- les délais légaux qui jouent pour toi ou contre toi ;
- les cohérences ou incohérences dans ce que la partie adverse raconte ;
- les moments où il faudra, plus tard, apporter une preuve solide.
2.2 Les personnes impliquées
Il va aussi te demander qui est qui dans ton histoire :
- la ou les personnes avec qui tu es en conflit (ex conjoint, employeur, voisin, frère ou sœur, parent, enfant, tuteur, etc.) ;
- les proches ou collègues qui ont vu ou entendu des choses (éventuels témoins) ;
- les intervenants extérieurs (médecin, assistante sociale, notaire, éducateur, police, banque, bailleur, etc.).
Préparer une petite liste de noms et de rôles (même sans coordonnées complètes) peut vraiment l’aider à comprendre la situation plus vite.
3. Les informations administratives qu’il va te demander
Ce n’est pas la partie la plus agréable, mais elle est indispensable. Tu peux t’y préparer pour ne pas perdre de temps sur place.
3.1 Ton identité et ta situation
On va te demander notamment :
- ta pièce d’identité (ou un extrait Kbis si tu viens pour une société) ;
- ton adresse et tes coordonnées complètes ;
- ta situation familiale (célibataire, marié, pacsé, séparé, nombre d’enfants, etc.) ;
- ta situation professionnelle et une idée de tes revenus, surtout si l’on parle de pension, de prestation compensatoire ou d’aide juridictionnelle.
Ces éléments servent à :
- vérifier ton état civil ;
- voir si des dispositifs peuvent être activés (aide juridictionnelle, protection juridique d’une assurance, etc.) ;
- comprendre les enjeux concrets pour toi (impact financier, impact sur les enfants, sur le logement, etc.).
3.2 Ce qui a déjà été fait
Ton avocat va aussi vouloir savoir si :
- tu as déjà reçu des courriers officiels (lettre recommandée, mise en demeure, convocation, jugement, décision administrative, etc.) ;
- tu as déjà répondu par écrit (mail, lettre, formulaire en ligne) ;
- il existe déjà une procédure en cours (audience prévue, enquête sociale, instruction pénale, démarche auprès d’un service, etc.).
C’est essentiel pour éviter de rater un délai de recours ou d’engager une démarche qui serait incompatible avec ce qui est déjà en cours.
4. Les documents et preuves qu’il va te demander de sortir
Ton avocat ne travaille pas seulement avec ce que tu lui racontes, mais aussi avec ce que tu peux lui montrer. Même si tout n’est pas parfaitement rangé, mieux vaut venir avec trop de documents que pas assez.
Selon le type de dossier, il pourra te demander par exemple :
- En droit du travail : contrat de travail, avenants, bulletins de salaire, mails, courriers de l’employeur, avertissements, comptes rendus d’entretien, règlement intérieur.
- En droit de la famille : livret de famille, actes d’état civil, contrat de mariage, jugement précédent, justificatifs de revenus et de charges, relevés bancaires, échanges de mails ou de SMS avec ton ex.
- En cas d’accident ou de violences : certificats médicaux, comptes rendus d’hospitalisation, photos, devis et factures, attestations, plainte éventuelle, rapports de police.
- En litige de consommation ou immobilier : contrat, conditions générales, devis et factures, échanges écrits avec le professionnel, bail, titre de propriété, rapports d’expertise, échanges avec le syndic ou le voisin.
Deux réflexes simples font une grosse différence :
- faire des copies des documents importants (l’avocat n’a pas forcément besoin des originaux tout de suite) ;
- classer tes pièces par thème ou par ordre chronologique, même approximatif, dans une pochette ou un classeur.
L’objectif est que ton avocat puisse, dès ce premier rendez vous, mesurer la force de ton dossier, repérer ce qui manque et ce qui devra être consolidé.
5. Ce qu’il va te demander sur tes attentes
Ce premier rendez vous n’est pas seulement là pour que tu déballes tes papiers. Ton avocat va aussi te poser des questions plus personnelles sur ce que tu attends vraiment.
5.1 « Qu’est ce que tu veux vraiment obtenir ? »
Derrière un litige, il y a souvent plusieurs besoins mélangés :
- faire cesser une situation (violence, harcèlement, pressions, accès bloqué à un enfant, etc.) ;
- obtenir une indemnisation ou une compensation financière ;
- faire reconnaître une faute ou une injustice ;
- trouver un cadre plus sécurisé pour l’avenir (garde, droits de visite, garde alternée, mesures de protection d’une personne vulnérable, etc.).
Ton avocat va essayer de comprendre ce qui est :
- non négociable pour toi ;
- souhaitable mais pas vital ;
- relevant du besoin de reconnaissance ou de réparation symbolique, que le droit ne pourra pas toujours satisfaire entièrement.
5.2 Accepter d’entendre aussi ce qui t’arrange moins
Un bon avocat n’est pas là pour te dire ce que tu veux entendre, mais ce que tu as besoin de savoir. Il va parfois te dire :
- que certains points de ton dossier sont faibles ou difficiles à prouver ;
- que certaines demandes ont peu de chances d’aboutir ;
- qu’une procédure pourrait te coûter plus qu’elle ne te rapporte, en argent ou en énergie.
Pour ça, il a besoin que tu sois honnête sur :
- ce que toi, tu as fait ou dit, même si tu le regrettes ;
- les messages agressifs que tu as pu envoyer ;
- les erreurs, retards, mensonges ou réactions à chaud qui pourraient ressortir dans le dossier.
Le secret professionnel est là pour que tu puisses tout lui dire. Ce que tu caches à ton avocat, il y a de grandes chances que la partie adverse essaie de l’utiliser contre toi.
6. Argent, assurance, aide juridictionnelle : des questions qu’il abordera aussi
Ce n’est jamais le moment le plus confortable, mais c’est indispensable. La question des honoraires doit être abordée dès le premier rendez vous, et en principe formalisée par une convention écrite par la suite.
Tes échanges vont tourner autour de plusieurs points :
- as tu une protection juridique via une assurance (habitation, bancaire, carte, syndicat, etc.) qui pourrait prendre en charge tout ou partie des frais ?
- es tu potentiellement éligible à l’aide juridictionnelle en fonction de tes revenus et de ta situation familiale ?
- comment ton avocat facture (forfait, taux horaire, forfait + part variable en cas de gain) ?
- comment pourront être organisés les paiements (provision, échelonnement, étapes clés) ?
De ton côté, tu peux et tu dois poser des questions :
- demander une estimation des coûts par grande étape (avant procédure, pendant, après jugement) ;
- savoir s’il y aura des frais supplémentaires possibles (expertise, huissier, déplacement) et comment tu seras informé ;
- clarifier ce qui est inclus dans le forfait, et ce qui ne l’est pas.
L’idée, c’est que tu saches dans quoi tu t’engages, financièrement, avant de dire oui.
7. Comment te préparer pour que ce premier rendez vous serve vraiment à quelque chose
Tu n’as pas à être parfait ni à tout maîtriser. Mais quelques préparations simples peuvent transformer ce premier rendez vous.
7.1 Avant le rendez vous
Tu peux par exemple :
- écrire sur une feuille ou dans un document une chronologie (date + ce qui s’est passé) ;
- faire une liste des personnes impliquées, avec leur rôle (ex conjoint, employeur, voisin, parent, enfant, médecin, assistante sociale, etc.) ;
- rassembler dans une pochette les documents clés, même si tout n’est pas parfaitement classé ;
- noter les questions que tu veux poser (sur la procédure, les délais, les risques, le coût, les options possibles) pour ne pas les oublier sous le stress.
7.2 Pendant le rendez vous
Pendant l’entretien, il est utile de :
- laisser l’avocat te poser des questions et essayer de rester factuel dans tes réponses ;
- dire quand tu ne comprends pas un terme ou un mécanisme juridique ;
- demander, en fin de rendez vous, un récapitulatif des prochaines étapes : ce que l’avocat va faire, ce que toi tu dois faire, avec quels délais.
Tu peux venir avec de quoi prendre des notes. Ce n’est pas un interrogatoire, c’est un temps de travail à deux.
8. Ce qu’il faut retenir
Le premier rendez vous avec un avocat, ce n’est ni un simple bonjour ni une plaidoirie. C’est le moment où tu donnes à quelqu’un qui ne te connaît pas les clés pour comprendre ton histoire et la traduire en droit.
Concrètement, il va te demander :
- de lui raconter les faits, dans l’ordre, avec les dates et les personnes ;
- de lui donner les documents importants qui prouvent ce que tu avances ;
- d’être honnête, y compris sur ce qui joue contre toi ;
- de clarifier ce que tu veux vraiment obtenir ;
- et de parler tout de suite d’honoraires, de délais, d’assurance, d’aide juridictionnelle.
Tu n’as pas à tout savoir ni à tout prévoir. Mais si tu arrives avec un minimum de préparation, tu ressors de ce premier rendez vous avec un avis juridique plus solide et surtout avec la sensation d’avoir repris un peu de contrôle sur ce qui t’arrive.