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Comment organiser son dossier avant d’aller voir un avocat

18.02.2026

Tu as décidé de prendre rendez vous avec un avocat. Tu as des mails, des captures d’écran, des lettres recommandées, peut être un jugement, des certificats, des notes griffonnées… et un sentiment assez simple : c’est le bazar.

Bonne nouvelle : tu n’es pas le seul. Beaucoup de clients arrivent chez l’avocat avec un sac rempli de papiers en vrac, des dizaines de photos de documents, ou au contraire presque rien, alors qu’ils ont des preuves quelque part dans leurs mails ou leur téléphone.

Organiser ton dossier avant d’aller voir un avocat, ce n’est pas faire plaisir à un maniaque du classement. C’est te rendre service à toi même : tu gagnes du temps, tu payes moins d’heures à trier, tu es plus clair dans ta tête et ton avocat voit plus vite où sont les forces et les faiblesses de ton affaire.

Dans cet article, on va voir étape par étape :

  • comment clarifier ton objectif avant même d’ouvrir un classeur ;
  • comment rassembler et trier les documents utiles ;
  • comment construire une chronologie simple mais exploitable ;
  • comment présenter ton dossier (papier ou numérique) sans rendre ton avocat fou ;
  • quoi faire si tu n’as presque rien ou si tout est déjà en vrac.

1. Avant les papiers : clarifier pourquoi tu consultes

On a envie de se jeter sur les preuves, mais le point de départ, c’est la question suivante : pourquoi tu vas voir un avocat, maintenant, et pas avant ?

Quelques exemples de réponses possibles :

  • « Je veux faire cesser une situation »
    Harcèlement, violences, pressions, non présentation d’enfant, expulsion, coupure de ressources…
  • « Je veux contester quelque chose »
    Licenciement, décision de l’administration, partage de succession, facture abusive, refus d’indemnisation.
  • « Je veux mettre un cadre »
    Organisation de la garde des enfants, protection d’un proche vulnérable, rédaction d’un contrat, mise en place d’une mesure de protection.
  • « Je ne sais pas encore, je veux juste savoir où j’en suis »
    Dans ce cas, l’objectif du rendez vous est le diagnostic : te faire aider pour comprendre ton risque, tes droits, tes options.

Pourquoi c’est important avant de classer quoi que ce soit :

  • ça t’aide à sélectionner les pièces vraiment utiles ;
  • ça permet à l’avocat de comprendre ce qui est non négociable pour toi ;
  • ça évite d’arriver avec 200 pages qui prouvent tout et rien à la fois.

Tu peux écrire ça en quelques lignes sur une feuille ou dans un document : « Je consulte pour… » suivi de deux ou trois phrases simples.

2. Étape 1 : rassembler toutes les pièces utiles (sans trier tout de suite)

La première étape, c’est de tout rassembler au même endroit, même si ce n’est pas encore classé :

  • Papiers physiques : contrats, factures, jugements, lettres recommandées, courriers d’huissier, décisions administratives.
  • Documents numériques : mails importants, pièces jointes, SMS et messages de messagerie (en captures ou exports), PDF, photos de constats, devis, rapports.
  • Notes personnelles : carnet, fichiers où tu as déjà commencé à raconter ce qui se passe.

Quelques réflexes utiles :

  • créer un dossier dédié sur ton ordinateur ou dans un cloud sécurisé ;
  • éviter de laisser des documents éparpillés dans plusieurs boîtes mail ou comptes différents ;
  • si tu sais déjà que tu dois bientôt voir l’avocat, éviter de supprimer quoi que ce soit, même si ça te met mal à l’aise.

À cette étape, on accepte que ce soit le bazar. L’objectif est juste que tout soit au même endroit.

3. Étape 2 : construire une chronologie simple

Pour comprendre un dossier, la première chose à faire est de remettre les faits dans l’ordre. Tu n’as pas besoin d’un tableau sophistiqué : une chronologie simple suffit.

Tu peux faire un document avec trois colonnes :

  • Date ;
  • Événement ;
  • Pièce qui le prouve (si tu en as une).

Par exemple :

  • 12/03/2022 : début du harcèlement au travail, premières remarques dégradantes en réunion – aucun écrit, juste souvenir précis.
  • 05/07/2022 : mail à la responsable RH pour signaler la situation – pièce 3.
  • 15/09/2022 : avertissement disciplinaire que tu contestes – pièce 4.
  • 03/02/2023 : arrêt maladie pour burn out – pièce 5.

L’idée, c’est d’avoir le film de l’histoire en quelques pages, avec :

  • les points de bascule (décisions importantes, ruptures, accidents, incidents graves) ;
  • les échanges écrits clés ;
  • les démarches déjà tentées (plainte, médiation, mails, recours, etc.).

Tu n’es pas obligé d’être parfait sur les dates, mais plus c’est précis, plus l’avocat pourra repérer les délais juridiques qui comptent.

4. Étape 3 : trier les documents en grandes catégories

Une fois que tu as une première chronologie, tu peux trier tes documents en grandes familles, au lieu de tout mélanger.

Par exemple :

  • Procédure : jugements, convocations, procès verbaux, décisions administratives, courriers d’huissier.
  • Contrats et engagements : contrat de travail, bail, acte de vente, contrat de mariage, conditions générales, avenants.
  • Échanges écrits : mails, lettres recommandées, lettres simples, messages clés.
  • Finances : bulletins de salaire utiles, relevés bancaires liés au litige, devis et factures, attestations d’allocations, tableau de charges.
  • Médical et social : certificats, arrêts de travail, rapports, courriers de médecin, notes d’assistante sociale, signalements.

Tu peux faire ça :

  • en papier : avec des intercalaires, des chemises, un classeur ;
  • en numérique : avec des dossiers et sous dossiers clairs.

L’objectif n’est pas que tout soit parfait, mais que ton avocat ne soit pas obligé de chercher un certificat médical au milieu de factures ou un jugement au milieu de captures d’écran.

5. Étape 4 : numéroter les pièces et éviter les « 550 photos »

Une fois tes documents regroupés, le plus simple consiste à leur donner un numéro de pièce.

Par exemple :

  • Pièce 1 : contrat de travail du 01/04/2020 ;
  • Pièce 2 : avertissement du 15/09/2022 ;
  • Pièce 3 : mail à la RH du 05/07/2022 ;
  • Pièce 4 : courrier recommandé de contestation ;
  • Pièce 5 : certificat médical du 03/02/2023.

Tu peux ensuite reporter ces numéros dans ta chronologie. Ça crée une sorte de mode d’emploi de ton dossier.

Côté format, l’idéal est de privilégier les PDF lisibles plutôt que des dizaines de photos de travers d’un même document :

  • scanner ou photographier un document correctement, puis en faire un PDF propre ;
  • éviter les fichiers illisibles, flous ou coupés ;
  • regrouper les pages d’un même document dans un seul fichier.

En pratique :

  • si le cabinet le permet, tu peux envoyer les pièces en PDF avant le rendez vous ;
  • sinon, mets les documents papier dans l’ordre des pièces, avec une petite liste récap, et garde les versions numériques bien nommées.

Moins ton avocat passe de temps à retourner des feuilles et recoller des photos, plus il peut se concentrer sur le fond de ton affaire.

6. Étape 5 : écrire une courte note de synthèse

C’est l’étape que presque personne ne fait, mais qui change tout.

Essaie d’écrire une à trois pages avec :

  1. Le contexte en quelques lignes
    Qui tu es, qui est en face, depuis combien de temps dure le problème.
  2. Les faits principaux dans l’ordre
    En t’appuyant sur ta chronologie, mais en mode récit simple.
  3. Ce que tu souhaites
    Faire cesser, obtenir, faire reconnaître, sécuriser.
  4. Les points qui te font peur
    Ce que tu crains du point de vue juridique : perdre la garde, devoir payer, être expulsé, être condamné, etc.
  5. Les éléments qui jouent contre toi
    Messages envoyés sous le coup de la colère, retards, manquements, zones floues.

Tu peux l’envoyer à l’avance ou l’apporter imprimée. Cette note donne à ton avocat :

  • une vision rapide de ta situation ;
  • un aperçu de ta lucidité sur ce que tu as vécu ;
  • un support concret pour structurer ses questions pendant le rendez vous.

7. Étape 6 : vérifier les aspects pratiques (assurance, aide, budget)

Organiser ton dossier, ce n’est pas seulement classer des documents. C’est aussi préparer le cadre financier dans lequel l’avocat pourra t’aider.

Avant le rendez vous, tu peux :

  • vérifier si tu as une protection juridique dans une assurance (habitation, bancaire, auto, carte, syndicat, etc.) ;
  • regarder si tu pourrais être éligible à l’aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des honoraires selon tes ressources ;
  • repérer d’éventuelles consultations gratuites près de chez toi (Points justice, permanences d’avocats, associations) pour un premier avis.

Tu peux noter tout ça dans ta note de synthèse :

  • « Je dispose d’une protection juridique chez X, plafond Y » ;
  • « Je pense pouvoir demander l’aide juridictionnelle » ;
  • « Je n’ai pas d’assurance, je paierai moi même ».

Ça permet d’aller droit au but quand l’avocat abordera la question des honoraires et des solutions de prise en charge.

8. Et si tu n’as presque rien ou que tout est déjà en vrac ?

Tu peux te dire :

  • « J’ai vécu des choses graves, mais je n’ai jamais rien gardé. »
  • « J’ai des années d’emails et de messages, mais je suis noyé dedans. »

8.1 Si tu as peu ou pas de documents

Ça vaut quand même la peine d’aller voir un avocat ou un point d’accès au droit.

Un professionnel pourra t’aider à :

  • identifier ce qui peut encore être obtenu : copies de décisions, dossiers médicaux, relevés, archives de mails, attestations, rapports ;
  • comprendre comment commencer à documenter ce qui se passe à partir de maintenant (journal, courriers, mails de confirmation, etc.).

8.2 Si tu es noyé sous les documents

Dans ce cas, commence par faire ta chronologie, même sans pièces. Ensuite seulement, reviens à tes documents et demande toi :

  • « Qu’est ce qui prouve ce point précis ? » plutôt que « Qu’est ce qui prouve tout ? ».

Si vraiment tu n’y arrives pas, tu peux arriver avec ton bazar en étant clair dès le début :

« Je suis dépassé par la situation, j’ai tout gardé mais je n’arrive plus à trier. »

L’avocat préférera quelqu’un de lucide avec un dossier chaotique, plutôt que quelqu’un qui prétend que tout est en ordre alors que rien n’est exploitable.

9. Lien avec ton rendez vous : ce que tu peux déjà anticiper

Ce travail d’organisation prépare directement ton premier rendez vous avec l’avocat.

Tu auras déjà en main :

  • ta chronologie ;
  • ta note de synthèse ;
  • tes pièces numérotées et regroupées ;
  • tes questions prioritaires (juridiques, pratiques, financières).

Tu peux d’ailleurs croiser cet article avec celui sur « Ce que ton avocat te demandera au premier rendez vous » pour être prêt sur les deux tableaux : ce que tu apportes et ce à quoi tu dois t’attendre.

Ce qu’il faut retenir

Organiser ton dossier avant d’aller voir un avocat, ce n’est pas devenir juriste en une nuit. C’est :

  • rassembler ce que tu as au même endroit ;
  • remettre ton histoire dans l’ordre avec quelques dates clés ;
  • regrouper les documents par grandes catégories ;
  • donner un numéro à tes pièces importantes ;
  • écrire une courte note de synthèse sur ce que tu vis, ce que tu veux, ce qui t’inquiète.

Tout ça sert à une chose : permettre à ton avocat de faire son vrai travail dès le premier rendez vous, au lieu de passer l’essentiel du temps à deviner où sont les informations importantes.

Tu ne peux pas tout contrôler, ni le droit, ni les réactions de la partie adverse, ni la décision d’un juge. Mais tu peux contrôler la manière dont tu présentes ce que tu vis. Et dans un conflit, c’est déjà beaucoup.

FAQ

Faut il obligatoirement tout classer avant de voir un avocat ?
Non. Mais plus ton dossier est organisé, plus le rendez vous est efficace. Si tu ne peux pas tout classer, vise un objectif réaliste : faire une chronologie simple et regrouper au moins les documents par grandes catégories (procédure, échanges, finances, médical). Le reste pourra être affiné avec l’avocat.
Est ce que je dois tout envoyer par mail avant, ou tout apporter en papier ?
Ça dépend des habitudes du cabinet. Certains avocats préfèrent recevoir les pièces en PDF, d’autres en version papier. Tu peux poser la question au secrétariat : « Est ce que je vous envoie les pièces par mail avant, ou est ce que je les apporte au rendez vous ? ».
Est ce grave si mon dossier contient des éléments qui me sont défavorables ?
Non, c’est même normal. Un dossier complètement « propre » est rarement réaliste. L’important est que ton avocat connaisse aussi ce qui joue contre toi. Ce que tu caches à ton avocat, la partie adverse essaiera de l’utiliser contre toi. Il vaut mieux que ton avocat le découvre dans ton dossier plutôt que dans celui d’en face.
Comment faire si je ne peux pas me payer un avocat pour trier tout ça ?
Tu peux commencer par une consultation gratuite dans un Point justice, une permanence d’avocats ou une structure d’accès au droit, pour avoir un premier avis sur ta situation et ta manière de t’organiser. Si tes revenus sont modestes, l’aide juridictionnelle peut aussi prendre en charge tout ou partie des frais d’avocat.